Le vice et la vertu

Par Philippe David

Aux débuts de l’humanité, nos lointains ancêtres avaient peu de moyens d’assurer leur survie. Soit ils chassaient, ou ils cueillaient des fruits qui poussaient çà et là.  Avec le temps, ils ont réalisé que certains d’entre eux étaient plus doués à faire certaines tâches et qu’il était bénéfique de produire ce que nous faisons le mieux et d’échanger avec les autres pour obtenir ce pour quoi nous ne sommes pas si doués à produire mais que nous avions quand même besoin. C’est alors qu’on a commencé à faire du troc et le niveau de vie de l’humanité en général a grandement augmenté. Cependant, le troc avait certains problèmes. Afin de pouvoir échanger avec quelqu’un, il faut qu’il possède quelque chose que vous voulez et veuille bien l’échanger avec quelque chose que vous possédez et dont vous accepteriez de vous départir. Encore une fois, au fil du temps, nos ancêtres ont décidé de certains produits qui étaient recherchés par tous et qui pouvaient être échangés contre pratiquement tout autre produit. C’est à ce moment qu’est né le concept de la monnaie et du commerce tel que nous le connaissons aujourd’hui. L’invention du commerce et de l’agriculture a jeté les bases de toutes les civilisations qui ont suivi et ont donné naissance à ce que nous appelons l’économie.

La révolution industrielle

Alors que l’échange et le commerce datent du tout début de l’Histoire écrite. Pourquoi a-t-il fallu attendre jusqu’au 18e siècle avant la révolution industrielle? Après tout, de grandes civilisations ont vu le jour pendant l’antiquité : les Grecs, les Perses, les Assyriens, les Phéniciens, les Égyptiens et les Romains ont tous été à l’origine de grandes innovations comme l’écriture, l’art, le génie, les mathématiques, la philosophie. N’importe laquelle de ces civilisations aurait pu inventer les technologies qui ont amené la révolution industrielle. Pourquoi ne l’ont-elles pas fait? En un mot : l’esclavage. En effet, le plus grand avantage de la mécanisation est d’économiser la main d’œuvre. Mais quel intérêt pourrait-on possiblement avoir à économiser cette main d’œuvre, quand on vit dans un empire qui, par ses conquêtes, regorge de bêtes de sommes à deux pattes? Ce n’est que lorsque vous devez fournir à un travailleur plus que les soins que vous donneriez à un bœuf ou un cheval que vous découvrez un soudain intérêt à ce que ce travailleur puisse produire plus.

Il a donc fallu attendre l’époque des lumières pour que des  méchants philosophes blancs-chrétiens-hétéros-cisgenres-colonialistes comme Locke, Montesquieu, Turgot, Voltaire, Descartes, Hume, etc. commencent à inculquer à leurs contemporains le concept que tous les êtres humains naissent libres et égaux en droits et que ces droits doivent être protégés peu importe leur couleur ou autres attributs physiques et que donc, qu’un être humain puisse être le propriétaire d’un autre est illégitime et immoral. Certaines personnes prétendant défendre les droits des opprimés devraient étudier et célébrer l’œuvre de ces philosophes auxquels ils doivent les idées qui sont le fondement de leur combat, plutôt que de protester pour les faire bannir du curriculum de leur université parce qu’ils sont des hommes blancs-chrétiens-etc. Sans eux, la majorité de ces soi-disant défenseurs des opprimés seraient encore de nos jours des esclaves ou des citoyens de seconde classe sans voix au chapitre. Mais je digresse.

Les sociétés sont comme des paquebots, elles prennent beaucoup de temps à changer de cap et plus le virage est grand, plus le changement de cap est long; mais finalement, la civilisation occidentale a banni cette forme d’exploitation – contrairement à beaucoup d’autres «civilisations» qui la pratiquent encore de nos jours. Sur cette terre, la société occidentale est encore la société la plus tolérante de la diversité, peu importe ce que certains puissent en penser. Donc, c’est grâce à la philosophie du libéralisme classique, issue de l’époque des lumières si les bases intellectuelles de l’industrialisation ont pu voir le jour et elles ont menées la civilisation occidentale, et éventuellement le reste de l’humanité vers le plus grand bond de l’Histoire pour son niveau de vie.

Alors qu’auparavant, la Terre ne soutenait guère plus qu’un demi-milliard d’êtres humains et que la vaste majorité avait un niveau de vie à peine plus haut que la survivance, elle supporte maintenant plus de 7 milliards d’habitants et seulement un sur dix de ceux-ci vivent encore dans la pauvreté extrême. Alors qu’auparavant, la vie sur cette Terre était courte et brutale, elle est maintenant relativement longue et aisée grâce aux progrès scientifiques et technologique que cette révolution a entrainés.

Le mauvais tournant

Mais un peu comme Bugs Bunny quand il disait avoir pris le mauvais tournant à Albuquerque, la civilisation occidentale a pris un très mauvais virage.  Collectivement, nous avons oublié les vertus qui nous ont rendus riches et nous ne sommes plus concernés que par l’idée de s’en disputer une part, comme si nous ne pouvions plus en créer d’autre comme nous le faisions avant. Nous avons effectivement oublié que la richesse se crée et que ce n’est pas un jeu à somme nulle où nous devons nous disputer une part plus ou moins grosse d’une seule tarte  à taille fixe. Quelque part, nous avons aussi oublié les vertus du travail et de l’épargne pour les remplacer par la recherche de rente, la surconsommation et le crédit. Nous avons aussi oublié les vertus de la charité et de l’entraide volontaire pour leur substituer les fusils du gouvernement.

Vertus et vices

Le travail est une vertu parce qu’en tant qu’êtres humains, notre responsabilité primaire est de voir à nos propres besoins et à ceux qui nous sont proches. Aides-toi et le ciel t’aidera.

L’épargne est une vertu parce qu’elle nous permet de d’utiliser la richesse que nous créons à des fins plus productives que de la consommer et nous permet d’investir dans l’avenir.

La charité et l’entraide volontaires  sont des vertus parce qu’elles viennent de gens plus proches de ceux qui la reçoivent et qui auront à cœur de voir ces gens remis sur pied. Donnes à un homme un poisson et tu le nourriras pour une journée. Montres à un homme comment pêcher et il se nourrira pour la vie. La charité humaine, c’est d’enseigner comment pêcher, pas seulement distribuer du poisson. Ce n’est certainement pas de demander au gouvernement de prendre aux autres le fruit de leur travail à la pointe d’un fusil pour seulement le distribuer aux moins fortunés.

D’autre part, la recherche de rente est un vice parce que c’est vouloir s’approprier d’un bien qu’on ne mérite pas. Autrement-dit, pour lequel nous n’avons pas travaillé.

La surconsommation et le crédit sont également des vices parce qu’ils consomment des ressources qui n’ont pas encore été produites. À long-terme et sans jugement, ils permettent piller les générations futures.

C’est l’adhérence à nos vertus qui nous a menés à tous les accomplissements dont nous jouissons, mais ce sera la poursuite de nos vices qui causera notre perte.

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