La nature des droits

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J’ai l’occasion de participer à de nombreux débats politiques et philosophiques sur les médias sociaux et il y a une chose qui me frappe fréquemment lorsque le débat concerne les droits humains, c’est que très peu de gens comprennent leur véritable nature. Car si c’était le cas, nous n’entendrions pas d’appel a créer une loi pour restreindre tel ou tel droit, ou de hiérarchisation des droits, ni de droits de la femme, des homosexuels ou de tout autre groupe comme si ces groupes détenaient des droits particuliers que les autres n’auraient pas. J’aimerais donc vous faire un exposé ce que sont les droits tels que conçus par des philosophes libéraux comme John Locke.

D’où viennent les droits?

Contrairement à la croyance de certains, vos droits ne vous sont pas conféré par votre gouvernement. Tous les beaux textes comme le Bill of Rights américain ou les Chartes Canadienne et Québécoise des droits et libertés ou la Déclaration des Droits de l’Homme française ne sont pas en réalité des documents par lesquels votre gouvernement vous concède des droits, ce sont des documents par lesquels votre gouvernement s’engage à protéger vos droits et qui énumèrent quels droits il promet de protéger. Le fait que la constitution de votre pays de comporte aucune charte de droits et libertés ne signifie d’aucune façon que vous n’avez aucun droit. Vos droits n’appartiennent ni à l’Etat, ni personne d’autre. Ils n’appartiennent qu’à vous. Il y a plusieurs théories quant à leur provenance spécifique. Certains croient qu’ils nous ont été donnés par notre créateur, d’autres affirment qu’ils nous ont été conférés simplement par notre humanité, mais il y a plus simple encore: si de par leur nature tous les humains doivent avoir le libre-arbitre et que l’absence de libre-arbitre signifie l’esclavage, alors l’être humain ou l’individu est le propriétaire de son propre corps et de son propre esprit. C’est ce que nous appelons le principe d’auto-propriété.

Cela signifie qu’aucun autre individu ou groupe ne peut prétendre avoir de revendication supérieure sur votre corps, votre vie et votre esprit. De ce principe découlent tous vos droits. Puisque votre corps et votre vie vous appartiennent, vous avez droit à la vie et à l’intégrité de votre personne physique. Puisque votre esprit vous appartient, vous avez la liberté de conscience et vous pouvez croire et penser ce que vous voulez et l’exprimer sans crainte de persécution.Vos droits ne sont pas des privilèges obtenus des autres, ils font intégralement partie de votre personne. Ils vous appartiennent comme vos bras, vos jambes et tous vos organes et personne n’a le droit moral de vous les amputer. C’est la fondation de tout code moral. C’est pourquoi ces droits ne peuvent être violés ou restreints. Un code moral juste doit considérer immoral toute agression contre l’intégrité morale ou physique d’une personne paisible n’ayant pas préalablement violé le droit d’autrui. Toute violation des droits étant par définition, un acte d’agression contre l’intégrité d’une personne.

Les droits des uns et ceux des autres

On dit souvent que les droits des uns se terminent la où le droit des autres commencent. C’est vrai justement grâce à l’inviolabilité des droits. Puisque vous avez droit à la vie, personne n’a le droit de vous tuer. Mais puisque les autres sont égaux en droits, vous n’avez pas le droit de les tuer. Puisque le fruit de votre labeur est votre propriété autant que votre corps, personne n’a le droit de le prendre sans votre consentement. Inversement, vous n’avez pas le droit de voler la propriété d’autrui. Puisque vous avez le droit de croire ce que vous voulez, personne n’a le droit de vous empêcher d’adhérer ou pas à une religion donnée, en revanche vous ne pouvez empêcher votre voisin d’adhérer à la religion de son choix. Par la même occasion, s’il est immoral que les autres puissent vous empêcher d’exprimer votre point de vue, c’est également immoral de votre part d’empêcher votre prochain d’exprimer la sienne. C’est pourtant clair, non? Alors d’où provient cette confusion?

Les groupes n’ont aucun droit

Dans le débat public nous voyons fréquemment divers groupes revendiquer des droits. C’est un non-sens. Puisque les droits font partie de l’intégrité d’un individu, seuls les individus ont des droits. Les groupes n’ont pas plus de droits que les individus qui les composent. Le poids du nombre ne confère aucun droit supplémentaire. De plus, est-ce que le fait d’être femme ou homme, blanc, noir ou jaune, hétéro ou gai, musulman, juif, chrétien ou boudhiste vous place au-dessus de tous les autres? Ai-je vraiment besoin de vous souffler la réponse? Nous sommes tout simplement tous égaux en droits.

Égaux en droits, droits égaux.

On parle aussi fréquemment de donner précédence à un droit plus qu’à un autre. Le droit à la libre-expression est-il plus important que la liberté de religion? La liberté religieuse permet-elle de faire des sacrifices humains (liberté religieuse vs droit à la vie)? Si vous avez bien compris mes explications jusqu’ici, vous comprendrez également qu’il n’existe aucune hiérarchie aux droits. Ils sont tous également importants tout comme vos organes sont également importants au bon fonctionnement de votre corps. La liberté d’expression n’empêche personne d’autre de croire ce qu’il veut, tout comme moralement, la liberté religieuse ne permet pas de priver quiconque du droit à la vie (sauf peut-être dans le cas improbable que l’individu soit consentant). En réalité, il n’existe que deux façons de restreindre un droit: soit l’individu le restreint lui-même volontairement, qui est parfaitement moral et acceptable, ou on le restreint par la force et l’intimidation, ce qui est immoral.

Toute vérité n’est pas bonne à dire

Un bon exemple de restriction volontaire est la politesse et la courtoisie. La liberté d’expression nous donne le droit absolu de dire toute les conneries qui nous passent par la tête et il y en a beaucoup qui le font parce qu’après tout,  la connerie n’est pas un crime. Mais dans le but d’éviter des conflits et de favoriser la bonne-entente, nous choisissons de nous abstenir volontairement de débiter nos conneries par courtoisie et respect pour les autres. Cette restriction volontaire n’est cependant pas une obligation morale. Ce n’est pas nécessairement un crime d’insulter,  d’offenser ou dire des choses blessantes. Et malheureusement, diront certains, nous avons tous le droit d’être des trous de cul.

Là où les mots peuvent véritablement constituer une agression est lorsqu’une personne répand des mensonges qui peuvent causer un tort véritable à la vie et la propriété d’autrui.  Par exemple, crier «au feu» sans qu’il y ait d’incendie dans un cinéma bondé causera certainement multiple blessures, et même mort d’homme, ainsi que des dommages matériels à la propriété des conséquences d’une panique. Ou à tout le moins, elle causera une perte de revenus au propriétaire du cinéma qui devra certainement rembourser sa clientèle. Tout cela justifierait une poursuite en dommages et intérêts. La diffamation également, dans la mesure où elle causerait un dommage comme la perte d’un emploi ou une perte de revenu, par exemple, est aussi passible de poursuite, mais ce sont là des violation de droits de propriété et non des restriction à la liberté d’expression proprement dite et encore faut-il que des dommages réels puissent être démontrés. Une insulte ou une offense quelconque ne suffisent pas. Même l’incitation à la haine et la stigmatisation doivent démontrer qu’un tort concret a été commis envers un individu identifiable. Sinon ce ne sont que des paroles en l’air, même si elles sont choquantes pour certains.

L’usage de la violence

La seule autre façon que les droits peuvent être restreints constitue d’elle-même une agression immorale. Je crois évident que la plupart des gens considéreront le meurtre , la torture et l’intimidation comme des actes immoraux et illégitimes. D’utiliser ces actes pour faire taire un individu qui ne partage pas votre opinion ou empêcher quelqu’un d’adhérer aux croyances de son choix, relève de la pure barbarie et n’a pas sa place dans un monde civilisé. S’il est probable que la grande majorité des gens soient d’accord en principe, il existe d’autres formes de violence qui sont pourtant considérées comme légitimes. Pour ma part, je les considère tout aussi immorales.

« Il devrait y avoir une loi »

Si personne ne questionne l’immoralité de l’idée qu’un ou plusieurs individus puissent utiliser la violence pour restreindre une liberté comme la liberté d’expression ou de religion, ou même le droit de propriété (comme le meurtre, la torture, le vol, le viol, etc). Beaucoup sont parfaitement à l’aise avec l’idée de demander à l’état d’utiliser la violence pour restreindre ces mêmes droits par le biais d’une loi. Parce qu’une loi est une application de force. Les conséquences de désobéir à une loi sont généralement l’arrestation, la comparution devant un tribunal, l’emprisonnement et si vous tentez de résister, une possibilité d’être tué. Sous ses air de respectabilité, une loi cachera toujours un fusil collé à votre tempe vous obligeant à faire ce que vous préfèriez ne pas faire volontairement. Alors en quoi le geste de demander à votre gouvernement de restreindre le droit des autres est-il plus moral et légitime que de se présenter dans leur lieu de travail et de les abattre froidement? Parce que vous ne vous êtes pas sali les mains peut-être?

Si on utilise une loi pour restreindre certaines opinions, par exemple, qui décidera quelles opinions sont acceptables et quelles ne le seront pas? Qu’une opinion ou une idée soit offensante est très subjectif d’un individu à un autre. Que certains considèrent, par exemple, que le prophète Mahomet était un pédophile parce qu’il a marié une fillette de six ans et consommé le mariage alors qu’elle en avait neuf sera certainement offensant pour les musulmans, mais ne le sera pas pour d’autres et constituerait une critique légitime de cette religion puisque suivant cet exemple, les musulmans permettent des mariages avec des fillettes en bas âge, ce qui est aussi horrifiant pour certains. Pourquoi serait-il légitime alors de criminaliser la critique de certaines pratiques religieuses? Parce que ça « offense » les croyances des adeptes de cette religion? Et si une religion pratiquait des sacrifices humains? N’aurait-on pas le droit de la critiquer également ou devrait-on être forcés légalement à se taire par « respect » pour ses adeptes? Où est la limite?

Qu’est-ce qui est pire pour une société?

Est-ce préférable de laisser passer quelques propos désobligeants et impolis ou est-ce préférable de menacer les gens d’amendes et d’emprisonnement pour avoir fait des critiques qui à leur sens sont légitimes, sous prétexte que ces critiques attaquent les convictions de certains? Pour ma part j’en conclue que de critiquer  même les convictions personnelles profondes des gens n’est pas criminel ou immoral, mais de restreindre les droits d’autrui par la violence, la menace,  l’intimidation et le meurtre, que ce soit de vos mains ou par le biais de l’état, le sera toujours.

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2 réflexions au sujet de « La nature des droits »

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